Santé en Occitanie. Abandonnons les logiques financières !

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La revue de presse des derniers jours en matière de santé parle d’elle-même: notre service public de santé est malade. Les structures sont en difficulté financière, les personnels endurent le manque de moyens et les patients souffrent d’une mauvaise prise en compte de leur santé. En Occitanie, le tableau est sombre.

Les personnels sont actuellement mobilisés dans toute la Région. La suppression d’une vingtaine de postes à l’Hôpital de Thuir dans les Pyrénées Orientales a déclenché un mouvement de grève. “Nous n’avons plus le temps et les moyens pour assurer nos missions premières”, expliquent les salarié.e.s.

A Cahors, la nouvelle directrice assume le besoin de gérer l’Hôpital comme une entreprise, “si la santé n’a pas de prix, elle a un coût”, a-t-elle même osé dans la presse. Mais quel coût ? Celui qui pèse sur le bien-être des agents au travail et des patients ?

Dans les Hautes-Pyrénées, les cabinets médicaux ferment les uns après les autres, et les trajets en véhicule pour aller consulter sont de plus en plus longs et difficiles. Dans le Gers aussi, le service public hospitalier est en péril. Les personnels de l’Hôpital d’Auch ne cessent de le répéter, le personnel est à bout de souffle ! Le service cardiologie d’Auch dispose de 31 lits, occupés à 100%, pourtant ils ne disposent que d’une douche ! Comment peut-on accepter une telle régression dans nos hôpitaux ? Jusqu’où va-t-on aller ?

A Decazeville dans l’Aveyron, alors que nous avons perdu la bataille pour sauver la maternité, nombreuses sont les femmes à accoucher dans les camions de pompiers. Comme si cela ne suffisait pas, c’est maintenant au tour de l’unité d’auto dialyse de fermer. Ils sont en train de démanteler petit à petit tout notre service public !

Dans l’Ariège, le témoignage récent des personnels soignants du centre hospitalier de Foix fait froid dans le dos: “on va au travail la boule au ventre, il faut du monde sinon la charge de travail va augmenter et on ne pourra plus garantir la sécurité des patients”. Partout le manque de moyens est de plus en plus criant. Même son de cloche du côté du centre hospitalier Ariège Couserans où un collectif citoyen se bat pour le maintien de postes de chirurgiens et fait face au double langage de l’ARS.

Dans le Tarn, à Albi comme à Castres, les personnels hospitaliers dénoncent “des éléments de langage venus tout droit de Paris”, et derrière des bilans tout en communication, c’est encore le manque de moyens et de personnels, les “objectifs financiers” et les fermetures de services qui sont pointées du doigt.

En 2017, ce sont 74 107 heures supplémentaires non-payées qui ont été comptabilisées au CHU d’Albi, l’équivalent de 47 temps pleins. Fatigue, stress, arrêts maladie, le cercle vicieux de cette gestion libérale de la santé est lourd de conséquences. Dans le privé comme dans le public, les syndicats sont tous d’accord pour dire qu’il faut une réelle politique de recrutement “avant que le système explose” !

Les métropoles ne sont pas mieux loties et les grèves se multiplient aussi au CHU de Toulouse. Ambulances, urgences, psychiatrie, autant de services actuellement en grève pour demander des moyens. “Les organisations syndicales dénoncent un sous-effectif structurel et conjoncturel qui entraîne des surcharges de travail ingérables” !

A tous ces personnels et citoyens mobilisés pour la sauvegarde de notre service public de santé, je tiens à leur apporter tout mon soutien. Ne lâchons rien !

Abandonnons les logiques financières !

Il est urgent de penser une sécurité sociale adaptée aux besoins actuels des populations comme un projet de société. Un projet qui doit reposer sur l’idée fondamentale qu’il est possible de répondre aux besoins humains de protection de la naissance à la mort dans un cadre non marchand basé sur la solidarité, et que cette réponse de protection sociale est un facteur essentiel du développement économique autant que social.

La sécurité sociale doit nous protéger de tous des aléas de la vie et contribuer au développement humain. Prise sur les profits, la cotisation sociale est un outil de la solidarité, qui met au service de la collectivité humaine une part des richesses créées en les mutualisant.

Les vraies réformes à mettre en œuvre sont bien évidemment d’ordre économique: hausse des salaires, réduction du coût du capital, orientation de la production vers la satisfaction des besoins humains, arrêt des politiques d’austérité. C’est sur cette base qu’on peut réformer le financement de la sécurité sociale tant décrié par le gouvernement. Le retour au financement par la cotisation sociale et l’abandon de la fiscalisation, la modulation des cotisations pour développer l’emploi et la formation, la taxation des profits financiers, la gestion démocratique. Les solutions existent permettant de dégager les moyens nécessaires pour financer les mesures indispensables de modernisation et d’adaptation aux besoins et aux nouvelles possibilités offertes par le progrès des sciences et techniques.

Répondre aux besoins humains de protection dans un cadre non marchand basé sur la solidarité

La population dans sa diversité doit avoir accès à des services hospitaliers publics (médecine, chirurgie, maternité, urgence, psychiatrie) de proximité, en lien avec les CHU, avec une gradation des soins, dans le cadre d’un service de santé coopératif, assurant la continuité des soins entre hospitalisation et domicile.

La souffrance du personnel hospitalier en Occitanie appelle à des moyens supplémentaires et à des droits nouveaux d’intervention des personnels et de leurs organisations syndicales sur la gestion des établissements et de l’organisation du travail.

Les nombreuses luttes appellent à la mise en place d’un plan d’urgence pour l’hôpital public. Celui-ci doit permettre la rénovation de la médecine ambulatoire avec un réseau territorial de centres de santé publics pour répondre au problème de la désertification médicale. Il doit aussi permettre d’assurer une prise en charge à 100% des soins par l’assurance maladie pour faciliter l’accès aux soins, la formation d’au moins 12 000 médecins par an, de relancer la politique du secteur de la psychiatrie.

En matière pharmaceutique, un pôle public du médicament pour échapper aux griffes des intérêts de l’industrie pharmaceutique et promouvoir la recherche est désormais indispensable. Enfin, il faut développer de réelles politiques de prévention.

 

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